amis amour anime anniversaire annonce argent art bande bébé belle bleu
Rubriques
>> Toutes les rubriques <<
· Vietnam (28)
· Cambodge (18)
· Thaïlande (9)
· Malaisie (15)
· Singapour (4)
· Philippines (0)
· Singapour (0)
je m'appelle jennifer leroi veuve française âgé de 66ans. n'ayant aucun héritier, depuis la mort de mon époux,
Par jenniferleroi, le 16.02.2018
je sais pas qui tu es pour juger un voyage où tu étais pas, mais cette histoire n'est pas une découverte de la
Par moi même, le 14.08.2017
tu es insupportables à lire ; il manque beaucoup de ponctuation ...de plus tu es comme beaucoup de jeunots qui
Par Cave Jacky, le 05.08.2017
t'as l'air de mieux t'y connaitre que moi en costard. tu peux faire ce que tu veux, broder des trucs, avoir de
Par ulysserepart, le 05.09.2012
euh excuse mois , tu dis faux , mais ou crois tu que les ''grandes marques '' se procure leur costard a 600 €
Par Akli, le 05.09.2012
· La petite tailleuse de Hoi An
· Saïgon : Ho Chi Minh Ville
· Les nuits de Phnom Penh
· Diên Biên Phu
· Dien Bien Phu : La bataille (pour les nuls)
· Bao Lac, bermudes des montagnes
· Koh Phi Phi
· La Baie D'Along
· 24h à Singapour
· Retour à Sihanoukville
· Ulysse revient (texte pour prochain blog 21-12-2010)
· Mondolkiri
· Nouvelle spéciale : la route de Sin Hô
· Mais où est donc Ornicar ?(texte pour futur blog 11-12-2010)
· Beautiful Hoi An
Date de création : 18.07.2010
Dernière mise à jour :
12.07.2011
87 articles
9h du matin, heure à laquelle je prends un bus en direction de Singapour. Je quitte Kuala Lumpur, cette ville qui sans attrait particulier, m'a retenu en son sein des jours durant sans avoir vraiment envie de la quitter. Sans savoir pourquoi, malgré la vétusté de l'hostel, la chaleur étouffante de la ville et ses deux seules tours pour véritables attraits, je m'y sentais bien et surtout posé.
Un peu comme ces naufragés du voyage qui s'accrochent à cette ville des mois comme Steeve ou Tom qui ont leur lit à l'année. Sans sortir de l'hostel, j'y ai fait mes soirées sur le toit jusqu'à pas d'heure, passé des heures à surfer sur internet dans le salon que ne quittait jamais Tom, dormi jusqu'à plus soif et lié amitié avec les voyageurs de passage. Parfois je partais découvrir Little India ou Chinatown si ce n'est le traditionnel Seven Eleven du coin ou le carrefour express pour faire quelques réserves ou pour manger. Quant aux grands soirs, je sortais photographier ces tours d'un troisième type en traversant ces rues endormies mais aux sonorités espagnoles avec Fernando le chilien ou Jen la catalane. Bref une halte bien agréable dans ce marathon asiatique où le corps et l'esprit apprécient de ne plus courir après les chimères de guides de voyage et de profiter juste de ne rien faire sans avoir envie d'en faire plus.
Mais il est temps de partir. Le voyage a son rythme qui nous entraine inlassablement vers d’autres pays. Pourtant je n'ai pas d'envies particulières d'aller à Singapour, si ce n'est voir de mes propres yeux cette ville qui est en elle même un pays et qu'on dit si propre qu'on se prend l'amende de sa vie si on jette son chewing-gum ou son mégot de cigarette dans la rue. Légende urbaine ou réalité ? Tous les avis divergent. Pourtant j'en suis trop près pour ne pas y aller faire un tour et m'en faire ma propre opinion. Alors histoire de satisfaire ma curiosité et me motiver à y aller, j'ai pris mon billet pour les Philippines au départ de l'aéroport de Singapour. Désormais, cette ville est une étape obligée de mon périple et ce à mon plus grand plaisir.On la dit centre commercial géant et cher au possible, mais j'ai bien envie de lui donner sa chance à cette ville et ce qu'en a dit Eric, notre amoureux des villes, sur le fait que c'est une ville faite pour l'ingénieur qu'il n'est plus, me donne à dire que je vais peut être voir la ville parfaite !!
Et puis je n'y reste que 24h, pas de quoi y perdre mes économies et de plus si mes chères catalanes que j'ai motivées à visiter Singapour ont réussi à prendre le bus, on devrait même plutôt joindre l'utile à l'agréable et s'y amuser un peu. Le problème c'est que dans le bus de 9h, il n'y a pas l'ombre ibérique de mes acolytes de la veille. Le bus part avec une heure de retard et quand je demande à quelle heure on était censé partir, certain ont un billet disant 9h30, d'autre 10h, bref si elles ont pris le bus de 9h, il semble que ce soit moi qui ne soit pas dedans. Comme elles n'ont pas de téléphone, les retrouver dans Singapour relève désormais de l’impossible, ah moins qu’une nouvelle fois, le hasard n’en décide autrement.
Pour profiter de mon dernier jour en Malaisie, je suis les conseils d'une fille de l'auberge et me rends à un temple indien dans le nord de la ville à une bonne demi heure d'autobus. Ce temple a la particularité d'être le plus important de la ville ou du pays, mais surtout il est peuplé de singes !
Le bus s'arrête au pied d'une montagne où le temple a été creusé à même la roche. A l'entrée un immense complexe religieux y a été développé et précède un escalier qui nous fait entrer dans la montagne gardé par une immense statue de bouddha.
Ce temple c'est le Batu Caves. Les hindous y amènent des offrandent, prient avec ferveur. Moi je tente juste de ne pas me faire attaquer par un singe qui vit ici en maître.
Je ne reste pas bien longtemps et repars dans l'heure en ville. Une surprise m'attend, un mail de Jen, la catalane qui me dit qu'elle est sur Kuala Lumpur après 15j sur les plages de Krabi et que si je suis dans le coin qu'on peut manger ensemble avec sa copine Vanesa. Je lui réponds que je prévois ce soir d'aller voir les tours une dernière fois et elle me dit qu'elle a envie de les voir aussi. Alors on se donne rendez vous dans le marché chinois devant son hostel dont elle me dit le nom. Le temps de me perdre une nouvelle fois dans les rues de la ville et d'être à la bourre, je traverses les allées achalandées à la recherche de son hostel. Il y a tellement de néons que je ne sais pas si je le trouverais facilement et même si je le trouvais, je ne me souviens plus vraiment du visage de Jen. Je demande à un chinois de m'indiquer où se trouve l'hôtel en question et il me dit qu'il est à l'autre bout. J'accélère le pas, traçant entre les badauds pour rejoindre la sortie de la galerie. Je slalome et passe devant une fille qui me regarde avec intensité, je la regarde aussi charmé par ce regard et je continue mon chemin en me disant qu'elle avait quelque chose d'espagnole dans le regard. Je me retourne, elle me regarde toujours et là je vais la voir car je viens de comprendre même si j'ai encore un léger doute. Non ça n'a rien d'un coup de foudre, c'est juste que c'était bien Jen qui pareil tardait à me reconnaître. La raison, j'avais les cheveux tressés quand je l'ai croisé en Thaïlande et là j'ai les cheveux en bataille. On se dit bonjour, surpris l'un tout comme l'autre de se tomber dessus presque par hasard et je regarde le néon au dessus d'elle, c'est bien l'hôtel qu'elle m'avait indiqué. Une chance car j'allais pas du tout là !! On se raconte nos vies vite fait en espagnol, on va rejoindre Vanesa qui nous attend à une table de la rue d'à côté et on passe un bon moment à bavarder.
J'apprends que Vanesa et le grimpeur coréen sont ensembles et qu'elle pense même le rejoindre là bas quelques semaines, je leur dis que je pars pour Singapour dès demain et vu qu'après Krabi, le béton de Kuala Lumpur leur parait un peu fade, elles me disent qu'elles sont partantes pour partir aussi. Alors on se donne rendez vous pour le bus de 9h que je prendrais demain. Avec Jen, on part tous les deux aux pieds des tours pour admirer une dernière fois ce spectacle sublime. Jen ne sait pas ce qui l'attend et pourquoi je suis si enthousiaste à l'idée de voir des tours de béton mais elle se laisse séduire par l'idée de visiter la ville de nuit. Pour gagner du temps on part en métro dont la sortie est à l'intérieur des Petronas towers, ce qui nous permet de voir les galeries et l'entrée des bureaux dans les hauteurs des tours avant de sortir sur le parvis toisé par les deux géants de lumière.
Une nouvelle fois, c'est un spectacle sublime. On a tellement du mal à en saisir la beauté qu'on commence par observer les reflets dans la fontaine avant de s'en approcher et de se laisser submerger par la scène.
C'est tellement irréel qu'on se dit qu'on va regarder ces tours comme au cinéma, allongé sur le sol à juste rêver de la réalité.
Jen est tout aussi sublime et enchantée et je passe une bien belle dernière soirée. On est tellement heureux d'être là que le temps passe à une vitesse lumière.
Les tours aux allurs de world trade center asiatique sont aux couleurs du Grand Prix qui est le sponsor de la course et surtout sponsor de l'écurie de Michael Schumacher dont le poster géant sur le pilier des tours nous regarde l'air vainqueur même s'il n'a jamais franchi la ligne d'arrivée.
On rentre même à pied sans que le chemin ne paraisse long, cette fois je connais le chemin par coeur. On fait un peu connaissance car depuis le début on parlait de ce qu'on voyait plus de qui on était. Elle me dit qu'elle a tout plaqué en Espagne après avoir acheté une maison avec son copain, mais qu'elle se sentait etouffer alors elle est partie quelques mois en Asie et que ça lui réussit plutôt bien. J'imagine la tête de son copain. On bavarde ainsi tout du long jusqu'au marché chinois vide à cette heure et je la laisse devant son hôtel. On se dit à demain dans le bus pour Singapour, même si quelque chose me dit qu'elles ne seront jamais levées pour y être. Si on pouvait faire Singapour ensemble, avec les tours et détours qu'il y a et en plus la revoir ça serait fantastique. Avant de rentrer je passe à l'oasis pour voir les têtes connues comme celle de Steeve le new yorkais qui joue de la guitare sur la toit. Je lui dis au revoir mais que peut être je reviendrais dans quelques semaines à mon retour des philippines pour prendre l'avion pour la prochaine destination puisque c'est l'un des aéroports les moins chers d'asie pour partir en Australie. Il me dit que Singapour c'est une bonne ville et d'aller manger dans un restaurant indien où la spécialité est le riz baryani. Son délice. Je suis un peu triste de quitter cette ville et après lui avoir serrer une dernière fois la main je retourne au Village, ma petite auberge qui ne dort jamais elle non plus pour ma dernière nuit en Malaisie
Donc le lendemain de retour pour voir les qualifications. Rien de passionnant, cette fois je suis à l'autre bout du terrain, bien loin de mon épingle à cheveux et de mes tribunes officielles. Mais une chose rend la journée attrayante et c'est bien car c'est la F1, c'est la pluie. Pour les pilotes en casse tête car le temps est à la fois, sec, orageux, la pluie est à venir mais on sait pas quand ni combien de temps et pour les qualifications déterminer le moment de prendre la piste par un temps comme aujourd'hui est des plus stratègiques. En milieu d'après midi la pluie arrive. Même par route mouillée ils lèvent pas le pied. Je regarde la balet des voitures dans leur gerbe d'eau tandis que je tente de m'abriter dans les toilettes publiques de l'averse qui semble partie pour durer.
Pour l'animation, Alonso nous fait l'honneur de faire un tête à queue juste devant nous en sortie de virage. 360 degrés et puis repart. Mais à part ça quelle idée de passer la journée ici. A la fin des qualifications, tout le monde remballe en deux temps trois mouvements et les stands aussi. L'ambiance de la F1 est vraiment spéciale, on a vraiment l'impression de voir des gens bosser et la journée de travail finie, on ferme la boutique. On sait même pas qui est en pôle. Faut dire qu'avec des billet à 20 dollars faut pas chercher à avoir le service.
Le lendemain c'est la course la vraie. Après toute une serie de courses de voitures comme les formules 3000 etc... et un nouveau passage de l'escadrille de chasse de malaisie, les voitures s'élance. Bien entendu de là où on est on voit rien et on attend 2 bonnes minutes de voir les premières voitures arriver. L'ambiance est bonne, les supporters de Ferrari, les allemands qui supportent Schumi, ceux qui viennent pour se poser sur l'herbe le temps d'une après midi, le circuit est rempli.


Les voitures arrivent en file indienne. Une file indienne à 250km/h sans distances de sécurité. A peine une fraction de secondes entre chaque voitures et ce pendant une paire de tour. A l'oreille on perçoit quand les écarts se creusent. De fractions de secondes, le bruit des moteurs s'espacent d'une seconde, puis au bout d'une dizaine de tour, de dizaines de secondes... pourtant tout le monde roule à plus de 200... et au bout d'une heure les premiers ont pris un tour aux derniers. On imagine à peine le niveau des premiers qui doivent être au taquet pour mettre un tour dans la vue à des types qui roulent en formule 1. Le pire c'est que le premier à 22 ans. Un gamin !!
De là où je suis je sais pas qui est en tête, qui a abandonné, qui a un tour dans la vue, c'est juste des voitures qui tournent et dont on se lasse de voir passer toujours dans le même virage. Pourtant cette course verra une prouesse d'Alonso qui ayant cassé sa boite de vitesse passe toutes les vitesses manuellement et tente de dépasser Button. A chaque tour à l'oreille j'entends qu'Alonso grapille centimètre par centimètre, puis deux tours avant la fin je n'entends ni ne vois Alonso: Casse moteur au moment du dépassement. Rageant !!
Quelques tours auparavant c'est Schumi qui nous fait l'honneur d'abandonner juste devant nous, il a cassé sa transmission et roule au ralenti. Un ralenti proche des 100km/h, puis s'arrête, sors de son cockpit, monte sur une motorbike à la grande joie du chauffeur malaisien qui pour une fois ne transporte pas des poulets, des sacs de légumes où je ne sais quel autre chargement mais une légende de la F1. Schumacher nous salue, on l'applaudit... On applaudit en fait tout ce fric mis en l'air. La F1 c'est quoi : c'est 70 personnes qui travaillent pour l'écurie le temps d'un week end, 1200 litres d'essence consommés et l'équivalent de 500 euros de dépenses au kilomètres sans compter le voyage de toute l'écurie et des voitures qui reviennent d'australie et qui partent pour la Chine. Le cout de ce grand prix pourrait nourir toute la malaisie pendant une semaine. Et tout ça pour abandonner sous nos applaudissements... Mais l'écurie de Schumi n'a pas tout perdu car Nico Roseberg leur deuxième pilote finira 3è et empochera les fameux points pour le championnat. J'ai quand même filé 20 dollars pour participer à l'effort de guerre.
La journée se termine sans qu'on sache qui a gagné, le tour de voitures qui nous font signe nous fait savoir que le Grand Prix est fini. J'ai encore du mal à saisir le concept de la F1, l'impression d'avoir participer à un concours de moteur et de roulage en file indienne. Voilà plus qu'à rentrer à Kuala pour voir le résumer à la télé et vu la horde de spectacteurs il faudra 2h avant de monter dans un bus, une heure de route et bien tard dans la soirée, je retrouve mon auberge toute tranquille qui vit bien loin de la fureur des écuries.
Avant de la retrouver, je rentre de l'arrêt de bus à pied, une demi heure de marche avec en ligne de mire, tout au bout, la lumière des tours.
En arrivant dans ma rue, je m'arrête dans les galeries marchandes et fait le tour de quelques rues où la douceur de vivre fait bon vivre.
Je me trouve tard dans la soirée une petite table qui sert encore à manger sur le trottoir. Y en a qui ne dorment jamais et travaillent du matin au soir pour quelques ringgits. Les temps sont durs, même les rats ont du mal à finir les fins de mois. Ca a du bon d'être touriste, on s'occupe de rien, on nous sert, on nous sourit et notre carte bleue bien garnie par rapport à ceux qui vivent ici reste paisible.
Je m'installe à la table, commande une soupe de nouille, loin de tout le strass de la journée et profite de ce moment simple servi par une vieille femme qui m'offre en sus un délicieux sourire. La froideur du monde de la F1, la chaleur des gens de la rue, les millions de dollars laissés sur un circuit pour quelques points, les quelques ringgits dans les rues de la ville pour quelques morceaux à manger. Ce monde n'est qu'un immense contraste, mais c'est ce qui fait qu'une personne comme moi peut voyager en pensant que la vie ici est simple et facile. Simple illusion d'une bonne carte bleue....
Si vous cliquez sur ce lien vous y serez comme moi... et vous verrez où je suis dans le monde !
http://www.youtube.com/watch?v=rSX7GaK1FS0
C'est donc ainsi que je me retrouve sur le circuit de Sepang à assister à mon premier Grand Prix de Formule 1.
Enfin vu les prix sur internet, je pense que je ne me ferais que les essais libres, je suis pas fan au point de mettre dans un billet l'équivalent d'un mois de vacances en Asie. Mais l'ambiance du week end donne envie de voir la vraie course surtout si c'est la seule fois dans ma vie que cette occasion se présente.
Là c'est les essais libres, plus une journée pour les ingénieurs qui règlent les voitures et les pilotes de tester la voiture.

Aucun enjeu mais le spectacle sonore plus que visuel est impressionnant. Je me mets dans les tribunes VIP (toutes gratuites aujourd'hui) à l'entrée d'une épingle à cheveux entre les deux plus grandes lignes droite où j'ai tout le loisir d'entendre les voitures descendre les rapports et leur vitesse de 300 à 70 sur 50 mètres et de relancer plein gaz 30m plus loin dans la ligne droite finale. Comme me disait mon père, ça fait PINPINPINPIN puis PIN PINPIN PIN dans un bruit assourdissant, les pilotes se prennent 5G, perdent 200km/H dans le freinage pour les regagner juste dans l'accélération suivante tout ça en 4 secondes. Et c'est que les essais, en course ils vont en plus tenter de se dépasser et d'y aller un peu plus vite. La F1 si chiante à la télé où tout se joue dans les stands prend ici un côté héroïque. Ces pilotes ne sont pas humains, mais pour eux c'est la routine et ils enchaînent les tours et les ingénieurs les règlages.
Moi j'ajuste juste mes boules kiès qui me permettent de garder mes tympans intacts. C'est bizarre le monde de la F1, on croirait un monde de strass et de paillettes alors qu'en vrai ça donne l'impression qu'ils font des réglages de moteurs en pleine campagne dans l'indifférence générale. La même chose que de voir des avions atterrir en les regardant depuis un champs. Pas de grands stades remplis, pas de communion avec la foule, juste des gens qui se promènent, lassés de voir les voitures tourner tout en essayant de comprendre qui est premier. Moi j'essaie juste d'imaginer ce que ça fait d'être derrière un de ces volants à ces vitesses spectaculaires où les trajectoires se prennent au millimètre. Je reste toute la journée n'ayant rien d'autre à faire et à la fin des essais un truc incroyable arrive, quelque chose qui fait encore plus de bruit que la F1.
Pour saluer les pilotes et boucler la journée, une patrouille de F18, avions de chasse de l'armée de Malaisie, nous fait quelques passages au dessus de nos têtes. A côté les F1 sont presque silencieuses. Ils finissent par un passage plein gaz au cas où il nous restait des tympans avant de regagner leur base.
Comment ne pas avoir envie de revenir... En sortant du circuit je passe à tout hasard devant le guichet qui vend les billets pour le week end avec qualifications et Grand Prix. Ca me tente mais mettre 100 euros pour une course que je peux voir à la télé et sans boule kiès me tentent beaucoup moins. Sauf qu'en regardant les prix, je peux avoir une place de merde dans l'herbe proche d'un un virage rapide pour 20 dollars !! soit 15 euros. Banco, je le prends, car je pourrais en plus voir les qualifications, c'est à dire la même chose mais en plus rapide avec chrono et tout. Je repars à Kuala Lumpur par le bus de ville, une bonne heure de trajet avant de retourner dans mon quartier. Je fais un rapide calcul, en fait j'en aurais pour plus cher de bus que de Grand Prix, mais bon c'est pas tous les jours qu'on est sur le circuit de Sepang avec les meilleurs du monde.
Je quitte la station de bus et marche comme quelqu'un qui sait où il va dans le chaos des rues. Enfin chaos, pour celui qui viendrait de débarquer et qui n'a aucun repère, pour moi qui suis déjà venu, c'est juste mon quartier. Je remonte la rue jusqu'au quartier chinois, je remonte l'allée du marché couvert, le même que j'avais remonté la première nuit quand je suis arrivé avec Natalia, et je monte les marches de l'oasis, le même hostel que j'avais eu la première fois. Je demande le dortoir, mais on me dit qu'il est plein et plein pour tous les prochains jours !! Quoi !! Mais si on me retire mon repère que deviens Kuala Lumpur. Alors je demande si ils ont le numéro d'un autre hostel sympa dont Jamie m'avait dit avoir passé du bon temps, hostel un peu gypsie avec des joueurs de guitare dans une auberge plus espagnole que Malaisienne.
Le gars de la réception me dit que c'est le même patron, appelle pour moi et me dit qu'il reste un lit. Je prends. Il me propose de m'emmener, il doit aller acheter des cigarettes et son débit de tabac n'est pas loin du "Village", ma nouvelle auberge. Il doit finir deux trois bricoles et me dit de l'attendre 5 minutes. J'en profite pour monter dans le salon qui fut mon antre pendant des jours et revoir les anciens, notamment Tom qui devrait être devant son ordinateur s'il n'a pas repris la route avec son vélo. Mais surprise, le salon est plein de nouvelles têtes qui ont fait de mon ancienne demeure leur nouvelle maison. Je jette un coup d'œil à la chambre dont la porte n'est qu'un simple rideau, au loin je vois mon lit qui ne le sera plus. Alors la seule chose que j'ai à faire est de me boire un thé que je me fais dans la cuisine et je m'installe à la grande table sans rien avoir à faire à part me sentir quelques instants de retour chez moi.
Mon voisin, allemand, engage la conversation et me demande si je vais voir les essais du Grand Prix demain. Là je comprends tout. Tout ce monde est là pour le Grand Prix de Malaisie qui a lieu ce weekend end. Connaissant le prix assez exorbitant d'un grand prix, je n'avais pas prévu d'aller le voir, mais qui sait si j'arrivais à avoir un billet pas cher, ça aurait été l'occasion. Imaginez voir le Grand Prix de Malaisie non pas à la télé mais sur le circuit de Sepang carrément. Combien de fan de F1 l'ont fait alors que moi, pas fan du tout, j'y serais !! Mais les prix que j'ai vus frôlaient les 150 dollars, et bon je préfère garder cet argent pour d'autres activités de voyage que de frimer devant les copains.
Donc mon voisin me branche sur la Formule 1 et me demande si je vais voir ces fameux essais demain. Je dis non. Il me dit qu'ils sont gratuits, alors je dis oui ! Il m'explique un peu le concept du weekend end. Essais libres et gratuits le vendredi puis qualifications et Grand Prix le samedi et le dimanche si on achète un billet. Bref même si les billets sont trop chers pour la course, je pourrais au moins voir quelques formules 1 s’essayer à 300 à l'heure pour pas un rond. Mais ne connaissant rien à la Formule 1 je me dis que si les places sont gratuites, toute la ville va y aller et seuls les premiers seront admis. Donc il va falloir être le premier à la porte du circuit, circuit qui est à une heure de la ville et essais qui débutent à 10h !
Le gars de l'hôtel vient me chercher pour m'emmener au Village, alors je remercie l'allemand et m'en vais. Sur le chemin je demande au gars s’il va au grand prix et il me dit qu'il a réussi à avoir un billet pour 50 euros. Merde, j'aurais du me renseigner un peu plus tôt et moi aussi j'aurais pu y aller.
Arrivé au Village, je vois ce que Jamie voulait dire. On dirait un truc de hippie, tout le monde à l'air cool et ami, on se croirait dans un appart géant, bref bon atmosphère commune, mais pas trop de coin pour être tranquille. L'Oasis me manque un peu déjà, pourtant il paye pas tant de mine que ça.
Je partage ma chambre avec un malaise, qui me dit qu'elle aime l'auberge mais que comme elle compte rester plusieurs semaines, elle aimerait un endroit plus tranquille. Je lui parle de l'oasis, elle me dit qu'elle rêverait d'y aller mais que pour elle c'est difficile d'avoir une place. La raison est assez bizarre, les auberges n'acceptent pas les locaux seulement les touristes !! What !! Ça me rappelle Cuba qui n'est pas pour les cubains mais pour les touristes.
Je lui dis que je retournerais de temps en temps à l'Oasis pour voir les anciennes têtes et que je me renseignerais pour elle. Elle à l'air d'en baver de tenter de réussir sur Kuala Lumpur en étant malaise. Elle s'est lancée dans un parcours du combattant, reprends des études, bosse à côté et je ne sais plus. Inutile de lui demander si elle va au Grand Prix, ce n’est pas dans ses priorités je pense.
Le lendemain à 8h je suis sur le pied de guerre pour prendre le premier métro pour Sepang, coin paumé où se trouve aéroport et circuit. Ca serait trop bête d'être si prêt du but et d'échouer si proche du circuit juste car je veux faire la grasse matinée.
Première chose trouver le bon bus qui va à la station de métro. Deuxièmement me rendre compte que le comptoir qui vend les tickets de métro pour Sepang, avec toutes leurs belles publicités et leurs hôtesses ouvre à 8h15 alors que le premier métro est à 8h et j’attends, laissant passer tous ceux qui ont leur ticket depuis au moins la veille !! Troisièmement faire une petite heure de métro qui nous emmène à une navette qui nous dépose au circuit. Tout ça pour 15 euros aller retour. J'espère juste que le circuit n'est pas déjà rempli. Mais non ! Je rentre aussi facilement que si je rentrais dans un centre commercial, passant les stands de t-shirts Ferrari ou Mc Laren, un petit musée d'anciennes formules 1 et tout d'un coup, le bruit des moteurs qu'on règle me fait courir vers les abords du circuit. Il n'y a rien, juste des ingénieurs et des mécaniciens qui règlent les moteurs. Le reste des voitures étant en kit à côté. Difficile à croire que dans quelques dizaines de minutes les voitures vont s'élancer alors qu'elles sont en pièces détachées et les moteurs pas encore réglés. En tout cas le bruit est suffisant pour que le tout, même sans mouvement soit impressionnant.

Je fais un tour pour voir le circuit en attendant, quand soudain dans les paddocks le bruit d'un moteur qui accélère et qui s'éloigne nous surprend. Cette voiture ne va pas partir seule. Alors je fais demi-tour et cours voir ce que j'attendais de voir… Les Formules 1 qui s'élancent pour quelques tours de circuit.


Mon bus est à midi ce qui me laisse le temps de prendre le bus de ville et de me rendre au terminal des bus. Direction Mersing, le port d'où partent les bateaux pour les plages de l'île de Tioman. Le bus arrive, le numéro 7, sauf que je ne le prends pas dans le bon sens, et on fait toute la grande boucle de la ville avant d'arriver au Terminus. Si à l'aller j'avais mis 10 minutes pour arriver, là c'est une bonne demi-heure de bus où je visite tous les coins de la ville. Malacca est très grande, avec ses petites banlieues résidentielles peinardes, son cimetière chinois, le plus grand hors de Chine, et enfin sa station de bus. Je prends place dans le bus mais pour une raison un peu confuse, j'échange de place avec deux filles qui ne voulaient pas être à l'arrière et je me retrouve à voyager à côté d'un gars, Heiman, qui profite de cette confusion pour entamer la discute avec moi. Il a quelque chose en lui de dur mais il a le visage du gars tranquille. On parle quasiment toute la route, et je découvre qu'il fait parti des bérets verts de l'armée malaysienne. Rien que passer le concours d'entrée c'est survivre 15 jours dans la jungle. Il a un peu moins que mon âge et ça fait 10 ans qu'il fait ce métier. Il me dit que si on me lâche dans la jungle, je ne tiendrais pas deux jours avant de mourir de soif ou de je ne sais quoi. Lui, peut rester invisible une semaine et peut venir à bout d'une dizaine d'ennemis en les tuant un par un sans qu'on ne soupçonne sa présence. Les bérets verts malaysiens sont les meilleurs du monde pour les missions dans la jungle. Il m'explique comment les américains ont perdu la guerre. Des jeunes de Brooklyn ou de la campagne américaine parachutés dans la jungle asiatique qu'ils voyaient pour la première fois de leur vie et aussi la drogue. La plus grande cause de mortalité des troupes américaines selon lui et certains dires est due à la forte consommation de drogues pour tenir dans cet enfer vert.
Par contre les américains me dit-il, sont les meilleurs pour les missions dans le désert. Parfois il part en Australie pour faire des manœuvres, à découvert sous un soleil de plomb et rien autour. Là où un malaysien ne tiendrait pas deux heures avant de se faire tuer, les américains peuvent y rester des mois comme le montre nos actualités. Chacun son domaine et là je suis dans le sien. Tout autour de nous, tout le long de cette route qui nous mène à Mersing, se trouve la jungle à perte de vue. En la regardant il me dit qu'il la connaît comme personne. Il me dit que tous les touristes en Malaisie sont observés. On ne voit pas par qui mais les observateurs sont partout. Dans la jungle, sur les bateaux, qu'ils soient de l'armée ou de la police, ils surveillent les allers et venues aux jumelles sans qu'on ne les remarque. Pour la jungle j'ai compris que c'était l'une des missions des bérets verts. Il me dit de ne pas en tenir compte, les observateurs regardent à la jumelle si on ne fait pas d'obscurs trafics, le reste ils s'en foutent. Je me demande ce qu'on a vu de moi alors que je me croyais seul.
Heiman aimerait arrêter tout ça, il a fait le tour de son métier et je pense que même si il maîtrise tout parfaitement, que sauter en parachute, escalader, plonger etc…change de la vie de bureau, il en reste que chaque mission doit être une routine éprouvante. Mais il a encore 5 ou 10 ans à faire !! Il était venu à Malacca pour rendre visite à son frère et dans quelques jours il allait changer de régiment, s'éloignant un peu plus de sa famille. De toutes façons où qu'il soit il est loin de sa famille. Il loge jour et nuit à la caserne et n'a pas le temps ni l'endroit pour accueillir une femme dans sa vie. Béret vert rime aussi avec célibataire.
Béret vert rime aussi avec frontière. Il ne peut même pas passer la frontière pour se rendre à Singapour à quelques heures à peine d'ici. Peut être même ne peut il sortir du territoire mis à part pour des manœuvre dans le désert australien. La raison je pense c'est qu'étant militaire, il est consigné dans son pays et sa carte militaire lui bloque l'accès aux frontières. Je lui dis : « t'as qu'à pas dire que tu l'es et tu passes juste avec ton passeport ! », mais quand t'es militaire en Malaisie, ta carte d'identité c'est ta carte militaire et rien d'autre. Sa seule pièce d'identité tant qu'il sera en service sera cette carte. Etre béret vert c'est pouvoir se sortir de toutes les jungles mais jamais de son propre pays.
Je comprends qu'il ait envie de raccrocher les armes. Je comprends cette force qui se dégage de lui, ce truc dur derrière son visage affable. Ce mec est un tueur invisible qui rêve d'une vie paisible. Tandis qu'il me parle je regarde le tigre tatoué sur son bras, tatouage que portent tous les bérets vert du pays. Désormais moi aussi je saurais les repérer.
On arrive sur Mersing. Je lui dis que je vais prendre le bateau pour l'île de Tioman. Il me propose de m'emmener à l’embarcadère et de l'attendre à la station de bus. Il descend 10 minutes avant moi dans son village tandis que moi je descends au terminal de Mersing. Là, je reste seul à attendre quelqu'un dont je ne suis pas vraiment sûr qu'il vienne. Tous les bus partent, les taxis me demandent si je veux être déposé quelque part, je décline tout. Un quart d'heure plus tard, une voiture rouge arrive, Heiman ! Dans la voiture avec lui ses deux petites nièces et il m'emmène à l'embarcadère. Tout ce long voyage pour finalement arriver 5 minutes en retard, le bateau est encore dans la baie mais a levé l'ancre. Je viens juste de louper le dernier bateau, le prochain étant à 5h du matin. J'opte plutôt pour celui de 8h et Heiman est un peu désolé qu'on ne soit pas arrivé plus tôt, mais je le rassure et lui dis que ce sera l'occasion de visiter Mersing où je ne pensais même pas m'arrêter. Elle doit avoir son charme elle aussi. Il m'aide à trouver un endroit où dormir et me ramène en ville, mais tout en restant à des prix fort raisonnable, je sais que je peux trouver moins cher dans le petit hostel backpacker que j'ai vu en passant pas loin de l'embarcadère. Reste à le retrouver. Je dis à Heiman qu’il peut rentrer chez lui en le remerciant encore pour sa si charmante attention et je le prends en photo avec sa petite famille. C'est un gars bien et je lui souhaite d'en finir avec la jungle pour lui aussi, fonder sa propre famille.
En remontant la rue, je retrouve finalement le petit hostel backpacker qui me propose la nuit pour deux fois moins que ce que j'avais trouvé précédemment en ville. Je prends.
A part me promener dans Mersing et visiter ses boutiques, je n'ai rien à faire. Alors après cette tranquille balade je me fais à manger quelques noodles de supermarché avant de m'étendre et de m'étirer dans le hall de l'auberge, juste devant les escaliers, assis contre le mur.
Cinq minutes plus tard, deux filles montent les marches, leur sac sur le dos. Trop tard pour bouger, j'ai été repéré. Donc je reste assis là par terre, face à un mur à rien faire (même si quand on ne me regarde j'étire mes jambes de bois). Elles passent à côté de moi et chaque fois qu'elles vont et viennent de la chambre à la salle de bain, je suis assis au même endroit immobile à rien faire. Elles doivent me trouver bizarre.
Une demi-heure plus tard, la porte de l'hostel s'ouvre de nouveau et une autre fille monte les marches. Pareil elle me trouvera sans doute bizarre d'être assis là à rien faire. Elle demande s’il y a de la place, il n'y en a pas et le gérant lui dit de trouver une autre auberge. Il est 23h, elle est seule, son gros sac sur le dos. Je devine a son visage qu'elle est française ou espagnole, mais son accent ne la trahit pas. Elle repasse devant moi pour descendre les marches. Je lui fais un petit signe de tête comme pour lui dire "pas de soucis, je suis ok et bon courage à la fois" et elle disparaît dans la nuit.
Mes étirements finis, mes noodles finis, ma lecture finie, je vais me coucher.
Tout le monde dort déjà dans cette petite chambre. Un battement de paupière plus tard, le jour se lève et moi aussi. C'est l'heure de se préparer pour aller au bateau.
Les deux hollandais et les deux jolies allemandes qui dormaient avec moi se mettent à discuter de leur nuit. J'apprends que la chambre était remplie de cafards et qu'ils ont eu du mal à s'endormir, les cafards allant parfois sur le lit. Je n'ai rien vu de tout ça et il était préférable que je l'ignore. Ils devaient dormir eux aussi quand j’ai regagné mon lit !
Je fais mes affaires et me rends au port. Cette fois j'ai l'avance qu'il faut pour prendre le temps de regarder les gens arriver pour le bateau. Là je vois celle qui n'avait pas trouvé de chambre libre la veille et au moment d'embarquer elle est juste à côté de moi dans la file. Je lui demande si elle a trouvé où dormir et on continue la conversation en français puisqu'elle était bien française. On voyage ensemble dans le bateau et on se demande dans quelle partie de l'île on va. Elle c'est Mélanie, elle vit à Londres depuis quelques années et profite d'une réunion de travail à Singapour pour se prendre quelques jours de vacances sur les îles de Malaisie loin de la froide grisaille londonienne. Je lui dis que j'ai bien envie de tenter la plage reculée de l'autre coté de l'île qu'on ne peut atteindre qu'en 4x4 ou après une très longue marche à travers la forêt. Elle, elle se rend au nord de l'île sur la plage la plus touristique et donc la mieux pour plonger et y prendre du bon temps. Je lui dis que je pense y aller aussi mais demain ou après demain, le temps de me perdre un peu sur la plage de Juara pour plus d'authenticité.
Cette plage la tente bien aussi. Elle a quelques jours à passer et sans connaître la plage où je vais, je la lui vends tellement bien qu'elle se joint à moi et aux hollandais pour traverser la jungle quelques minutes en voiture et s'échouer sur cette plage on ne l'espère pas si abandonnée que ça.
Le 4x4 étant le seul moyen d'y aller si on ne veut pas marcher 5h, les chauffeurs se font leur prix et heureusement qu'on est 4 pour se partager la balade même en marchandant.
Arrivés sur notre plage, c'est pas la foule qui nous dérange. Elle est quasiment vide avec quelques paillottes et bungalows pour loger, boire et manger. Mais pas plus !!
Les hollandais s'en sont allés à la recherche du bungalow le moins cher et moi et Mélanie on décide de se partager une chambre à deux dans un bungalow géant histoire de payer moins. Mais après réflexion on paye le même prix que si on avait pris deux bungalows privés, mais bon il est si facile en voyageant de partager le plus normalement du monde sa chambre avec une belle inconnue que je ne vais pas revenir sur le calcul. Il est onze heures et nous voilà débarrassés de nos sacs et on se retrouve à ne plus rien avoir à faire. Alors on se commande à manger, un truc délicieux pour quelques ringgits.
Ensuite que faire. Habitués que nous sommes à courir partout et à remplir notre temps de tout et de rien, n'avoir strictement rien à faire ni à espérer faire devient presque stressant. L'angoisse de l'ennui. Alors on se pose sur des hamacs, on se baigne un peu dans cette mer qui refuse d'être profonde et on se dit, c'est beau mais demain on bouge vers la plage du nord pour avoir un peu plus de fun. Alors on profite bien de ce petit coin reculé avec son seul bar et sa plage désertée. Finalement on n'est pas trop de deux pour se tenir compagnie et pour une fois, dans notre propre langue.
Le soir on remonte tout le long de la plage pour aller dans un nouvel endroit. Il n'y a que trois mini zone habité alors on va tout au dernier pour y manger. On croise 5 personnes à tout casser et en plus il commence à pleuvoir. Y a pas à dire, on est vraiment isolé de tout mais pour quelques jours ça a du bon.
Le lendemain après qu'une pierre manque de m'estropier en tombant à côté de mon pied, on reprit le 4x4 en sens inverse jusqu'à un petit quai où on attend qu'un bateau nous fasse le taxi vers notre nouvelle plage, la fameuse plage de Salang, un peu plus vivante et qui semble un paradis pour tous les plongeurs Malaisiens.
Pour moi qui ne peux pas plonger pour un problème d'oreille, j'ai autant de chose à faire que sur l'autre plage, c'est à dire rien mais entouré de plus de monde. Mélanie elle est plongeuse, mais en fera dans quelques jours.
Pour le moment on s'occupe de trouver où dormir, pareil en partageant la chambre on a de suite des prix plus attractifs et à peine mis le pied sur la plage qu'on est déjà presque pris par la main pour visiter les bungalows. En 10minutes on était installé non sans noter qu'ici les animaux qu'on croise ne sont pas des chiens ou des chats mais des varans à la limite du dragon komodo. Juste un lézard géant qui peuple les cours d'eau de l'île.
De suite on impose le rythme des prochains jours. On se boit des bières dans les petits bars de plage, on se pose un peu devant la mer et on lit. A peu de choses près, la même chose que sur la plage de Juara.
Mon livre est le livre "l'épreuve" de Béatrice Saubin, condamnée à mort dans une prison de Penang, une autre île de Malaisie.
Je ne pensais pas que ce livre me plairait, mais la plume de cette non écrivain et cette histoire de survie dans les geôles malaises furent un vrai plaisir à lire. Le livre parle aussi bien des voyages en Asie de la jeune Béatrice qui fuit la maison de sa grand-mère en Champagne pour être libre. Elle, brimée par sa grand mère et que rien ne semblait pouvoir atteindre quand elle voyageait sur les toits des bus, elle qui vivaient des rencontres magnifiques ou incroyables sur les routes du Liban ou du Pakistan. Elle qui chuta un soir à l'aéroport de Singapour se retrouvant avec des kilos de drogue dans la valise offerte la veille par son petit ami local qui lui, trafiquait. Elle avait à peine 20 ans et se retrouva condamnée à mort loin de chez elle et de tout ce qui aurait pu la soutenir, dans un monde qu'elle ne comprend pas, dont on ne parle pas sa langue, puis par une chance inouïe, elle sera juste condamnée à vie espérant que son avocat ne la libère un jour pendant que sans le savoir, sa grand mère mobilisait les journaux pour qu'on libère sa petite fille. Une jeune fille devenue femme à l'ombre des barreaux, qui vivra des expériences et des rencontres qui sortent de l'ordinaire et qui parlera la langue locale en l’apprenant dans des livres pour enfants afin de comprendre ce nouveau monde qui l'entoure.
Un livre que je conseille s’il vous passe sous la main.
Je resterai 3 jours sur cette plage, à tenter d'escalader un petit rocher, à faire avec Mélanie des concours de lancer de cailloux avec le pied, à boire des coups avec le peu d'argent qu'il nous reste (car il n'y a pas de distributeur sur cette île et ont vit avec ce qui reste dans nos portefeuilles).
On passe ainsi deux jours à lézarder, marcher de long en large d'un bout à l'autre de la plage, prendre des pauses bien méritée pour boire ou manger avec le peu d'argent qu'il nous reste faute de distributeur ou jouer dans les vagues.
Mélanie ira faire de la plongée les jours suivants, elle angoisse un peu de retourner dans les eaux profondes vu qu'elle n'est pas débutante mais ça fait longtemps qu'elle n'a pas plongé et a besoin d'une remise à niveau. Mais c'est pas cher d'en faire ici, l'encadrement est bon et les fonds marins splendides. Un plaisir que je ne peux m'accorder. Tandis qu'elle plonge le matin, je dors et quand elle plonge l'après midi je lis et le soir après avoir tenté de lire nos messages sur internet avec une connection d'une lenteur infinie dans une des cabanes de la plage ou à prendre l'apéro les pieds dans l'eau, on retourne à nos pénates pour dormir. Ben oui, journée harassante !!
Ca a beau être la meilleure plage de l'ile, en basse saison à part bronzer et plonger y a pas grand chose à faire, mais c'est déjà un luxe appréciable mais pas de quoi pour moi y rester une semaine entière, par contre l'endroit idéal pour les week ends comme la plupart des malais qui viennent de kuala lumpur pour décompresser un peu.
Au moins on peu profiter des gens du coin qui sont totalement disponibles pour nous. Mélanie elle, aime quand il ya des touristes avec qui elle peut faire la fête. Mais n'ayant que 10jours de vacances elle s'en passera et se consacrera à la plongée. La plongée en Asie est un vrai commerce. C'est pas les plages paradisiaques qui manquent ni les moniteurs qui passent des mois gratuitement dans des endroits de rêve juste à encadrer les plongées. Encore faut il être "dive master", le diplôme qu'on peut passer en un mois et qui permet de vivre d'amour et d'eau fraîche, de plage et de plongée tout au long de l'année.
Mélanie a aussi fait un voyage d'un an et a tourné en Amérique du Sud. Elle me dit de passer du Panama à la Colombie en voilier et de rester sur les petites îles que l'ont peut louer pour la journée si le cœur nous en dit et où on nous apporte à boire et à manger. Elle me raconte les coins d'Amérique latine qu'elle a adoré, me les note sur un carnet et me dit d'essayer d'y aller. Une de plus que l'Amérique du sud a rendu amoureuse et qui a du se forcer à en partir. Et puis un matin, je me lève à l'aube tandis qu'elle dormait et sans la réveiller malgré le fait qu'elle me l'avait demandé, je pars prendre mon bateau de 7h, laissant mon au revoir sur un vieux bout de papier.
Je loupe le bateau de 5 minutes (c'était donc lui dont j’entendais la sirène pendant que je me lavais les dents). Je suis arrivé à l'heure, sauf qu'il est parti plus tôt et quand je vais voir la fille qui m'a vendu le ticket pour me plaindre, elle me dit qu'elle m'avait dit que le bateau était à 7h mais m'avait conseillé d'arriver une demi-heure avant. Elle aurait mieux fait de me dire que le bateau était à 6h30. Je demande le prochain bateau… à 10h30. Et je l'attends et celui là ne sera pas en avance. La seule chose à faire est de regarder encore cette eau transparente qui fourmille de poissons qui font des reflets multicolores.
J'en profite donc pour revenir au bungalow et dire au revoir à Mélanie, surprise de me voir sur le pas de la porte tandis qu'elle se rendait à sa deuxième sortie en mer pour aller y plonger. Nouvel adieu sur quelques banalités. Puis, beaucoup plus tard le bateau vint, on passe les autres plages tout aussi esseulées mais avec quelques baraques de plongée pour toute activité et je retrouvais le continent.
A midi j'étais dans le bus qui me ramenait à Kuala Lumpur. Retour dans la grande ville, mais je suis content d'y retourner. Cette ville je l'aime bien, elle me repose. Je prévois d'y rester quelques jours le temps de partir pour Singapour.
Dans le bus qui nous ramène à Kuala Lumpur, le chauffeur nous met deux films avec des monstres mutants qui mangent les Hommes. Un avec une carpe géante plus vorace que Bruce des dents de la mer et le deuxième film, au cas ou on serait fan de ce genre de film : Anaconda. Chaque bus son thème, en Chine j'avais les bus kung-fu, ici les bus mutants. Mais y a pas à dire, aucun film d’horreur ne fera mieux que les dents de la mer. Le monstre restant notre imagination qui se fait un loisir de titiller vos pires cauchemars. Mais ces carpes géantes et ce serpent en image de synthèse avait bien piètre allure. Vers 17h, le bus pénètre dans ce qui pourrait ressembler, après la quiétude des îles, à un chaos urbain. Mais pour moi, le cœur léger, je rentre à la maison. On est jeudi soir, welcome to Kuala Lumpur !
A peine arrivé à Kuala que déjà je cours au terminal des bus voir si je peux prendre le prochain en direction de Malacca. Le prochain bus est dans la demi heure, je paye à peine 10 euros pour ces 5 nouvelles heures de route.
Heureusement que Jamie m'avait dit comment me rendre au centre ville depuis la station de bus car n'ayant aucun repère, les noms des rues où s'arrêtent les bus ne me disent strictement rien. J'avais écouté Jamie d'une oreille distraite quand il me parlait des bus mais là il fallait que je retrouve mes souvenirs. Bus numéro 7 ! Ensuite pour m'arrêter, je sais que je dois aller dans le quartier chinois que m'avait conseillé Jonathan et Marina.
Je demande qu’on me prévienne quand je dois descendre et qui est prêt d'une petite place forte agréable avec une fontaine, une forteresse, un pont, un canal et le quartier chinois qui s'étend au delà.
Je demande ma route et remonte celle qu’on m'indique. J'ai l'impression de m'éloigner du centre ville et quand je croise deux jeunes je leur demande de nouveau mon chemin. Ils me confirment la direction à prendre et l'un d'eux me propose même de m'y déposer. De ce fait je trouve déjà Malacca fortement sympathique. Quand on arrive à l'hostel en question, il est complet, du moins le dortoir, mais le gérant me conseille une autre auberge pas trop loin d'ici, l'Eastern Heritage dans le quartier de Jalan Bukit Cina, qui veut dire la colline chinoise.
En effet, quand les chinois sont arrivés à Malacca, ils ont tout de suite senti quel était le quartier qui avait le meilleur Feng-shui (la meilleure énergie) et s'y sont installé. Je marche dans cette rue mais ne trouve pas l'hostel et je m'éloigne de plus en plus me retrouvant même là où il n’y a plus de maisons. Conscient que je ne trouverai pas, je fais demi tour pour tenter ma chance ailleurs et c'est avec surprise que je vois le nom de l'auberge devant moi. En fait on voit le nom en fonction que l'on monte ou descende la rue. Je demande si il ya de la place, il y en a et comment, il n'y a quasiment personne et j'ai le dortoir pour moi tout seul. Le seul inconvénient est qu'il est sous les toits et la chaleur sans le ventilo est insupportable. Mais j'y dors pour 10 ringgits (2,5 euros) et je m'en accommode largement.
Une fois installé, je pars affamé à la recherche du Capital Satay dont m'avait parlé les français la veille. La file d'attente qu'il ya à l'entrée d'un des restaurants me fait dire que c'est celui ci, et la publicité "100 plus" à côté de l'enseigne me le confirme.
Le principe est le même que le barbecue chinois, on achète les produits que l'on veut manger et on les fait cuire dans des marmites de sauces épicées. La réputation de ce restaurant n'est plus à faire et on m'installe à une table où me rejoindra un couple de jeunes chiliens, histoire de remplir la table alors que je mange tout seul. C'est marrant car jamais ils auraient demandé à des malais de venir s'installer avec moi mais entre touristes ils se disent que ça sera bon. Les chiliens me racontent un peu leur séjour à Malacca et les endroits à voir. Ayant trois jours à passer ici, je ne vais pas trop en faire d'un coup et force sera de constater que j'en aurais fait moins que le peu que j'avais prévu.
Juste m'y balader vaut le détour, le quartier chinois où retentissent les karaokés et les faux chanteur, les petites boutiques où on vend des racines de gingembres et autres plantes pour soigner, toute la culture chinoise y est représentée. De plus, tout y est marqué en chinois.
On pourrait dire une enclave chinoise tant tout est copie conforme de leur pays. Puis il y a cette fameuse route, sans doute unique dans le monde, la rue qui rassemble toutes les religions de Malaisie et les principales du monde, puisqu'on y trouve d'un bout à l'autre une église, un temple chinois, une mosquée et un temple hindou. Je les visite tous. Ce qui frappe vraiment avec la Malaisie c'est que toutes les religions y sont accueillies et respectées.
Mais moi hélas, mon seul temple, celui dans lequel chaque jour je vais non pas faire offrande mais consommer, c'est un endroit loin de cette rue, un endroit qui m'a fait halluciner de voir ici là mais qui m'a donné envie d'y entrer de suite, comme en état de manque, c'était Carrefour !
Le temple de la consommation était devant moi. Comme à Borobudur (temple bouddhiste en Indonésie), pour y accéder il faut passer des niveaux. Le niveau des boutiques de fringues, le niveau des restos, le niveau des trucs dont on n'aura jamais besoin comme des vélos d’appartement ou des tapis pour courir et enfin j'arrive devant l'entrée du supermarché. Je sais que je pourrais y acheter ce que je ne trouvais jamais (et que je ne cherchais pas), que je paierais moins cher que dans toutes les petites boutiques et surtout que la qualité sera au rendez vous. Je retrouve un bout de chez moi où tout est maîtrisé, marqué, contrôlé même si c’est antinomique avec l’aventure d’un tour du monde. Ca ressemble au luxe, à une grande boutique et c'est vrai que le moindre paquet de gâteaux que j'avais l'habitude d'acheter y est moins cher de quelques dizaine de centimes. Bref y faire mes courses c'est dépenser moins. Et j'y vais chaque jour, juste pour le plaisir, juste pour acheter un paquet de gâteaux ou une bouteille de jus de fruit, juste pour retrouver mes repères enracinés d'européen et dans ce supermarché je sillonne les rayons l'esprit tranquille comme à la maison en quête de la moindre économie et de la moindre promotion. Bref je tue le petit commerce et encourage la société de capitalisme. Tout ce long voyage pour finir à Carrefour que je visite fidèlement comme un temple chaque jour en fin de journée pour y faire mon goûter sous l'œil lassé des petits commerçants que je salue de loin sans jamais y rentrer.
Mais je sais qu'il sera le seul sur cette route asiatique alors j'en profite avant de retourner dans les jours à venir acheter mes quelques vivres dans les petits magasins ouverts jour et nuits à un tout autre prix. De toute façon en Asie on ne fait jamais de courses pour manger, chaque restaurant cuisinant de bien bon repas pour un ou deux euros. Le matin je prends mon petit déjeuner dans un restaurant chinois où je mange du choux, du riz, et d'autres petits plats que je choisis et qu'on me fait cuire en un rien de temps. Le soir je pars à la recherche du restaurant chinois qui me fera la meilleure soupe de noodles aromatisée à la sauce épicée.
Parfois je m'amuse à voir que les restaurants marquent en gros qu'ils sont hallal, ce qui en France ferait un tollé car cela marquerait pour certain le début de l'invasion musulmane en Gaulle franco française. Quand je pense à ce Quick de Roubaix dont tout le monde se foutait et où personne n'allait et qui soudain devint le bastion de la gastronomie française amenant sur les plateaux de télé les plus éminents experts sur l'identité française.
Ici être malais c'est être un peu de tout, ici tout cohabite en parfaite harmonie, les femmes voilées, les hindous colorés, les chinois encensés, les chrétiens évangélisés, chacun trouve son espace, ses plaisirs et ses valeurs.
Sur le chemin du supermarché, j'ai repéré une autre auberge, quasiment le même prix mais avec internet gratuit, alors je quitte mon auberge chinoise pour ce nouveau dortoir où je suis de nouveau tout seul. Il est plus petit mais plus charmant. La cuisine commune ressemble à une vraie cuisine et il est bien plus prêt du temple de la consommation ;-)
En tout cas en dépit du géant de la distribution, la marque seven eleven fait légion aussi ici même à quelques rues du centre commercial.
Pour ma dernière journée j’arpente les rues de Little India (le quartier indien) où je mange quelques mets d'ailleurs sur une feuille de banane puis je continue ma ballade à me perdre dans les rues du quartier chinoiset où quelques rues rappellent la culture Baba Nyonya (baba = homme et nyonyo = femme) qui sont les descendants d’anciens nobles chinois venus s’installer en Malaisie et Singapour adoptant la culture locale et dont le mélange de culture résultant est unique en Asie. Un ancienne maison de notable leur est dédié, c'est le Baba & Nyonya Heritage Museum où on peut même voir comment les femmes se bandaient les pieds pour entrer dans leur petits souliers.
Mais je n’y rentre pas, je ferais ma visite historique quelques rues plus loin dans une boutique de t-shirts dont les motifs m'attiraient.
Je fis connaissance avec le vendeur, qui en fait, crée ses propres t-shirts dont les motifs représentent un trait d'histoire de la ville. En me présentant ses t-shirts, il me raconte un peu l'histoire de la Malaisie. C'est que Malacca est la ville historique du pays !!
Elle est la première ville du pays à avoir vu le jour. Ancienne histoire d'un prince de Java en exil et qui fonda cette ville grâce à un chien et un faon. Ensuite les navigateurs chinois sont arrivés et en ont fait leur comptoir, puis les portugais ont envahi les terres avant de s'en faire chasser par les hollandais, eux même chassé par les britanniques. Pour les chinois Malacca représentait la Chine hors de Chine, pour les portugais et les hollandais un précieux comptoir. Bref de nombreuses influences parcourent cette ville sans oublier les hindous qui inondent la ville de restaurants délicieux.
J'achèterais bien un de ces t-shirts mais lequel, incapable de me décider. Alors j'en achète aucun et part découvrir les ruines d'une église portugaise et d'une colline qu'on appelle dutch stadhuys (l'hôtel de ville hollandais).
De la hollande cette ville à une chose appréciable, son canal qui traverse le centre ville avant de se jeter dans la mer.
Mon temps ici est écoulé même si j'ai pas fait grand chose à part déambuler dans les rue du quartier chinois. A deux je me serais motiver pour aller dans un musée ou à l'autre bout de la ville. D'ailleurs le soir, histoire de sortir des sentiers battus je décide de remonter tout au nord du quartier indien pour retrouver la gare routière où je dois me rendre demain et dont j'ai l'impression de mémoire qu'elle n'est pas si loin que ça. Une longue marche inutile car je m'aperçois que Malacca s'étend sur des kilomètres et quand je demande mon chemin au bout d'une demi heure on me dit que je suis encore très loin et surtout en regardant autour de moi, je suis nulle part.
Je distingue juste le port tout au loin, visible par sa grande roue. C'est là que je dois retourner et je me dis que demain je prendrais le bus de ville.
Malacca est aujourd'hui l'un des plus grands ports d'Asie avec Singapour et fait de la Malaisie un des petits dragons de la Chine.
Je laisse cette ville et son histoire et fait mon sac pour partir à l'autre bout du pays, sur la côte est et son île que m'avait conseillée une jolie scandinave sur le toit de l'oasis de Kula Lumpur, l'île de Tioman.
Voilà, c’est fini, je décide de partir de cet endroit de fraîcheur. Je fais mon paquetage, la moitié de la chambre est déjà levée pour les randos. Je rejoins Jamie, Johana, Heidi, Jonathan et Marina ainsi que Kirsten, la norvégienne aux bed bugs pour le petit déjeuner. Une sacré équipe qui part dès ces petits pains indients avalés vers les champs de thé. Je les aurais bien accompagné et passé une excellente journée mais la route m’appelle et mon bus part dans une heure pour retourner dans la capitale. De là, je tenterais de repartir directement vers une ville plus au sud qui mérite le passage pour quelques jours : Malaca !
On se dit aurevoir et chacun retourne à son voyage. Jamie part randonner, Johana, je l’ignore, Jonathan et Marina retourneront en France dans les jours à venir. Leur premier voyage au bout du monde…avec plein de cicatrices en souvenirs. Marina redoute déjà de mettre un pull qui collera à ses blessures…
10h, le bus s’en va, un petit bus qui sillonne sur les hauts plateaux verts aux paysage magnifique et qui au fur et à mesure de la descente rajoute quelques degrés dans l’habitacle. On retrouve la chaleur des plaines et dans quelques heures, je serai à la maison, Kuala Lumpur…
Difficile de se décider à partir d'un cadre enchanteur et verdoyant si ce n'est parfois le froid (enfin grosse fraîcheur) et la pluie. Mais même ça, paraît comme un don du ciel comparé à la chaleur étouffante de cette saison sèche en Asie. Et aujourd'hui ne diffère pas des autres. Toutes les heures, le ciel change, passant d'un ciel de pluie à un ciel de traîne. Pourtant c'est décidé, c'est mon dernier jour et avant de partir j'aimerais quand même marcher un peu dans la forêt et voir cette faune luxuriante qui nous entoure. Quand je regarde le tableau ou sont affiché les balades à faire dans le coin (souvent moyennant le financement d’un tour guidé), je vois que certains sentiers permettent même de voir des villages, découvrir certaines tribus ou voir fleurir des fleurs géantes au milieu de la forêt. Mais la pluie me fit temporiser et je restais au chaud en profitant pour avancer une nouvelle fois mon blog et faire connaissance avec un jeune couple de français, Jonathan et Marina qui s'ébahissaient de me savoir traverser le monde et avec qui on partageait quelques impressions de voyage. La particularité de Marina était son bras remplis de cicatrices craquelantes. Une chute en scooter quelques jours auparavant et la peau bien râpée. Chaque fois qu’elle plie le bras, une croûte se fissure. Mais à part ça ils ont la patate. Puis chacun s’en fut vaquer à ses occupations mais le rendez vous était pris pour manger ensemble ce soir à un petit restau réputé pour son barbecue chinois, c'est à dire une sorte de marmite de bouillon épicé (comme dans le Sichuan) dans lequel on fait cuire légumes, crevette, tofu, et tout ce qu'on désire pour une alimentation saine et équilibrée. Ca me changera de mes plats indiens ou de mes gâteaux secs.
Quand le soleil fit son apparition, je partis pour l'assaut des forêts. Le plus dur incroyablement n'est pas de sortir de la forêt, mais d'y rentrer. Malgré sa présence toute alentour, les chemins qui permettent d'y accéder sont balisés et je mets une heure à les trouver. En fait l’astuce était de passer à une boutique d'information touristique pour qu'on m'indique sur une carte les chemins qui permettent de faire le tour des sommets. Quand je regarde sur leur plan les altitudes des sommets je me demande dans quoi je m'embarque. Tous entre 4000 et 5000. Malgré les apparences de collines, c'est une jungle himalayenne qui m’entoure !! En fait non, c'est que leur système métrique est en pied et que 5000 pieds ça fait 1700m ce qui me rassure. Donc je pars à l'assaut des sentiers, mais l'après midi décline déjà et ça va être une course avec la nuit si je veux faire un minimum de balade « into the wild ».
Je traverse un bout de la ville avant de bifurquer sur un étroit sentier aménagé et fait de pierres le long de la forêt qui me permet d'atteindre en une dizaine de minutes le début d'un des départs. Je passe près d’un terrain ou des jeunes font une course avec cuillère à la bouche et un œuf posé dedans. On est loin des délinquants des grandes villes. Je continue et parcours à vive allures quelques sentiers à l’orée de la forêt avant de suivre les chemins numérotés. On m’avait conseillé le 5 ou le 6. Ca fait une bonne demi-heure que je suis parti et pas mal de chemin facile parcouru la ville n’étant jamais loin. Je la vois même. Le sentier tourne vers l’intérieur de la forêt.
J’arrive sur une aire aménagé, passe un petit pont de bois et suis le chemin étroit indiqué par le panneau numéro 6. Si toute la balade est aussi fluide, je ferais le tour en courant et rentrerait dans une heure avant la nuit. Mais je m'enfonce dans un décor vert qui se referme très vite sur moi et du fait de la pluie des jours passés, me fait passer par des zones boueuses géantes ou je dois rivaliser d’astuce pour passer sans y laisser ma chaussure.
Je saute sur un bout de bois, je marche sur des branchages et devant moi un mur vert. Au bout de quelques minutes, je fais demi-tour car je n'irais pas bien loin et ne ferais que patauger dans ces chemins boueux qui font des kilomètres et des kilomètres dans une forêt qui s'assombrit de plus en plus et qui n’en finit pas.
Sur le chemin du retour, j'en profite alors pour prendre quelques petits détours, grimper des escaliers dans la forêt, passer une rivière, retrouver le petit chemin de pierre à la tombée du jour et revenir à la civilisation à la tombée de la nuit heureux de mes deux petites heures de balade.
Expérience courte mais satisfaisante. Au moins je peux dire que j'ai marché dans la rain forest Malaisienne et que faire les grandes marches avec plus de temps (6 heures) doit être vraiment satisfaisant. Je retourne à l'auberge, ma mission accomplie pour rejoindre Jonathan et Marina et diner ensemble. On avait convenu de se rejoindre à 19h. Quand j’arrive je vois Johana discutant avec une nouvelle arrivée plutôt jolie mais que je n’ose déranger. De mon côté je cherche les français qui n'ont pas l'air d'être là et leur chambre est éteinte et complètement silencieuse. J’attends un peu. 19h passe et personne ne sait où ils sont. C’est stressant parfois d’être en avance. Je décide alors d'aller voir au restaurant des fois qu'ils y soient et que le rendez vous était là bas vu qu’ils m’avaient brièvement expliqué son emplacement et qu’à priori ils ne sont plus ici.
A peine parti que je vois à une dizaine de mètres devant moi la nouvelle arrivée qui s’en va, seule, sans doute faire quelques courses pour la soirée. Après quelques foulées d’un pas alerte je me retrouve à sa hauteur, prêt à la dépasser quand je la vois me jeter un regard et on se dit bonjour d’un léger signe de tête fendue d’un sourire. Simple accroche qui me fait entamer la conversation et à qui je raconte que je partais justement manger dans un resto chinois avec des amis et que si elle veut se joindre à nous, c'est avec plaisir. Et elle se joint à moi pour trouver ce fameux barbecue chinois. On fait connaissance sur le chemin, le genre de discussion facile qui n’arrive jamais dans la vraie vie quand vous abordez une inconnue dans la rue pour lui proposer de vous accompagner au restaurant. D’ailleurs j’en oublie de lui dire qu’en fait je ne vais pas vraiment au restau mais que je recherche mes compagnons et espère les y trouver. Sauf que cinq minutes plus tard, quand on arrive, il n'y a toujours aucune trace de Jonathan et Marina. Il y a deux restaurants chinois mitoyens. On opte pour le plus joli puisqu’il est parait il le meilleur de la ville. Il est à peine 19h25, trop tôt pour être en retard, voire encore l’heure de s’attendre à l’auberge comme convenu, vu qu’ils ne sont visiblement pas ici.
Là un choix s'impose. Abandonner cette jolie inconnue et partir à la recherche des français qui doivent être maintenant en train de m’attendre ou m’attabler avec elle en espérant que mes deux amoureux intuiteront qu’à cette heure ci je les attends au resto.
Ce tête à tête si plaisant en deviendrait presque stressant.
Elle c’est Heidi et a la voix et le rire de Veerle
Au matin, Johanna m'emmène avec Jamie manger un petit déjeuner indien. Un pancake nature que l'on trempe dans du lait de coco et un nam que l'on trempe dans du curry et un thé au lait. Le tout pour six ringgits, une bouchée de pain si on peut dire.
Une fois le petit déj' englouti, Jamie nous abandonna et avec Johanna on prit le bus de 8h et demi pour quelques kilomètres vers les sommets et ces fameux champs de thé. Ce qui nous frappait durant le trajet était que, alors que nous étions au milieu de nulle part au milieu des mornes verts, on voyait tous les kilomètres un hôtel géant et huppé ressemblant à un chalet de station de ski, pousser comme une tâche pour absorber le flux de touriste. Les étudiants en environnement rencontrés la veille avait passé le weekend end à étudier l'impact touristique sur l'écologie. En tout cas de nos points de vue derrière les vitres du bus, la beauté du lieu avait été sabotée par ces édifices hôteliers qui semblaient atterrir des montagnes suisses. Puis le décor reprit ses droits et plus on s'approchait du sommet du plateau et plus les bâtiments laissaient place à des petits marchés et à des sites comme la ferme des papillons, la fermes aux abeilles, la ferme aux roses et les célèbres champs de thé.
Nous commençâmes par les papillons dans une serre géante qui abritait aussi des scorpions, des serpents et des drôles de bêtes qu'on appréciait, hélas, de voir en cage. J'appris qu'un scorpion ne piquait que si on touchait son dos, sinon aucun danger. Un guide qui était avec un groupe qui venait d'arriver, tentait de passer le scorpion de mains en mains à son groupe, mais personne ne fut assez téméraire pour vérifier ses dires.
Ensuite nous tentâmes de voir les roses, mais on déduisit que ce n'était pas la bonne saison car tout était déjà fané. On passa ensuite faire le tour des ruches et acheter un petit pot de miel délicieux avant de s'émerveiller dans les immenses champs de thé.
Du vert sombre à perte de vue qui dessine des monts et des vallées tout autour de nous. Comme nous sommes à pieds, on entame le chemin pedibus sous le regard désolé des automobilistes qui passent à côté de nous la voiture pleine de gens. Sans faire de stop, les gens nous font comprendre qu’ils ne peuvent nous prendre. Mais nous on s'en fout, cette marche au milieu de ce décor enchanteur nous fait le plus grand bien.
Du moins la première demi heure, et ne voyant pas le bout du chemin on se mit à penser à peut être faire du stop quand enfin l'usine de thé et le petit café restaurant attenant firent leur apparition.
On continuait d’avancer entourer de collines de thé, puis arrivés à la fabrique et son restaurant, nous nous y reposâmes devant un bon thé qui venait tout droit des champs d'à côté, une part de tarte et on passa ainsi une bonne heure juste à parler de racisme et d'identité française ou suédoise.
Et oui le débat faisait rage en France et quand je regardais autour de moi dans ce petit café je voyais trois religions s'y côtoyer dans la plus grande indifférence donnant à la culture malaise une multiplicité tant au niveau des visages, des races et des cultures.
Pour le retour, on géra un peu mieux. On fit le pied de grue sur le parking en attendant qu'une voiture pas trop pleine retourne en ville et celle que nous trouvâmes avait deux places de libres, mais pas autant sous le bas de caisse. Le mec avait tuné sa voiture pour la rendre plus sportive et à chaque fois qu'on devait passer un petit dos d'âne, on devait sortir de la voiture pour pas que le bas de caisse ne raccroche. Finalement, ils nous déposèrent pas trop loin de notre auberge à une bonne dizaine de kilomètres de là puisque par bonheur elle était sur leur chemin. Il était 14h quand nous rentrâmes, satisfait d'avoir déjà tant fait de choses et avec pour simple plan du reste de la journée, se reposer devant un bon film, dormir un peu et surtout manger un de ces plats exotiques en échange de quelques pièces de monnaie sonnantes et trébuchantes.
Ainsi passa la journée, où j'en profitais pour avancer le récit de mon voyage d'hiver dans la salle télé. Finalement la Malaisie a quelque chose de reposant. On ne court pas après le temps et j'avoue que ce coin d'Asie me plait fortement de part ses paysages, ses contrastes et sa douceur de vivre.